Boxing Day, des boites au football business

par • 30/12/2017 • A la une, Premier League1156

“Jingle bells, jingle bells, jingle all the way…”. Durant les fêtes, beaucoup se morfondent et ce n’est pas ce bon vieux Santa qui va changer la donne… Un seul être vous manque et tout est dépeuplé. Les amoureux du ballon rond doivent se tourner vers le Royaume-Uni pour retrouver un peu de baume au cœur : là-bas le football bat son plein. Le traditionnel et célèbre Boxing Day est de mise. En Premier League les joueurs chaussent les crampons le 26 décembre, les pubs sont combles, les tribunes se remplissent. Fort d’une tradition qui remonte au 19e siècle, 1871 précisément, le Boxing Day a subi des évolutions contrastées : à cheval entre fête populaire et football business. God save the Boxing Day

Le jour des boîtes

À l’origine, le Boxing Day est une tradition fondée sur le partage, la convivialité et la charité.  C’est en quelque sorte un deuxième Noël pour les plus démunis : à cette occasion il est bon de distribuer des cadeaux ou d’accorder des congés exceptionnels. Les origines du Boxing Day sont toujours discutées, notamment du fait de sa portée religieuse, mais retenons que le Boxing Day est le jour des boîtes. Késako? Deux théories sont répandues. La première, la plus connue, soutient qu’au XIXe siècle les familles aisées disposant de domestiques accordait des congés au personnel de maison en plus d’une boite pouvant contenir de l’argent ou des présents. L’autre théorie est moins connue : courant XVe siècle, les marins devant partir en expédition mettaient de l’argent dans une boite destinée à être donnée à l’Eglise. Ce geste était censé leur porter chance durant leur périple. Les fonds récoltés seront reversés aux pauvres. Que reste-il de cet héritage ? Pas grand-chose malheureusement tant la charité a laissé place à l’opulence. Ainsi, le jour des boites est devenu le jour des soldes tant il est commun d’associer Boxing Day à son cousin américain le Black Friday.

Money, money, money

Les commerçants et les clubs anglais se frottent les mains : les soldes post-Noël du 26 décembre sont une période propice pour ces acteurs profitant de la frénésie des consommateurs. Chaque année, le record de ventes de l’année précédente est pulvérisé. En l’espace de quelques années le Boxing Day a été instrumentalisé pour en faire une période où la frénésie des achats prime sur la tradition. L’esprit de Saint-Etienne, premier martyr chrétien, dont la fête liturgique correspond au 26 décembre semble bien loin. Le monde du football n’échappe pas à cette flambée des prix. L’année dernière la BBC a publié une étude concernant le prix moyen des places les moins chères pour assister à un match. Verdict : 40 euros. Un prix non négligeable et bien au-dessus des standards pour les places censées être les plus abordables. Chaque année les prix augmentent au minimum de 4 euros. De plus, la perspective du Brexit a tendu les différents acteurs, exerçant une pression à la hausse sur les prix. L’année dernière Arsenal proposait des places « bon marché » à 131 euros… L’effervescence de cette période est une aubaine fantastique pour les diffuseurs TV : le Boxing Day s’est mondialisé et explose les records d’audience chaque année.

Sursauts et déclins

La beauté du Boxing Day à l’anglaise réside dans son authenticité et l’atmosphère régnant autour du stade. Les Anglais, déguisés en Père Noël pour l’occasion, partagent une pinte avant de se rendre au stade. Les familles sont au stade, les matchs souvent spectaculaires, l’ambiance est bon enfant. La tradition du Boxing Day est profondément ancrée dans la culture britannique, mais pour comprendre il faut quitter Londres et les rues bondées d’Oxford Circus. Direction Sheffield, petite ville du Nord de l’Angleterre. C’est ici d’une part que le football est né et d’autre part que le Boxing Day a été magnifié. Cette ville abrite tout simplement le plus vieux club du monde : le Sheffield FC, fondé en 1857. Le premier Boxing Day de l’histoire s’est joué le 26 décembre 1860 entre Hallam FC et Sheffield FC. Au Sandygate Road, les locaux se sont imposés 2-0 et ont posé les bases du jour des boites !

Réputé pour ses matchs renversants, le Boxing Day regorge d’histoires croustillantes et la petite ville de Sheffield aussi. En 1979 durant le Boxing Day, Sheffield Wednesday et Sheffield United s’affrontent dans un derby bouillant. Devant 50.000 spectateurs United, le leader de D3 à l’époque, se fait exploser par Wednesday 4-0. Dans un contexte électrique les Owls s’imposent et seront promus en D2 alors que United dégringole : c’est le « Boxing Day Massacre ».

Malgré ses 6 buts en moyenne par match, la tradition du Boxing Day s’effrite. Sur le terrain certes tout va pour le mieux mais il plane au-dessus des stades le sentiment que cette tradition séculaire britannique se perd au dépend d’une opulence incontrôlée. Pourtant les belles histoires du Boxing Day sont nombreuses. Les observateurs aiment entretenir celle d’Anglais et d’Allemands posant les armes pour taper la balle durant le premier hiver de 14-18 le temps de cette journée particulière.

 

“Le football du Boxing Day est comme Noël, il ne disparaîtra jamais” martèle l’historien Martin Johnes de l’université galloise de Swansea. C’est véridique, les Britanniques continueront de jouer au football le lendemain de Noel. Mais joueront-ils parce qu’ils sont fidèles à la tradition ou en raison des enjeux économiques ? Par exemple la perspective d’une Coupe du monde au Qatar en 2022 pose une question de taille. Quid du Boxing Day ? Cette parodie de football menaçant la tenue d’une des plus anciennes traditions du ballon rond est l’exemple qu’encore une fois le business prend le pas sur le football.

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