James McClean, l’Irlandais qui défie la Reine d’Angleterre

par • 09/05/2017 • A la une, International, Premier LeagueCommentaire (1)2569

James-McClean-turns-his-back-during-national-anthemSi certains croyaient à tort les tensions entre Irlandais et Anglais apaisées, James McClean atteste du contraire. Ce joueur indépendantiste de West Bromwich Albion s’était fait remarquer il y a deux ans aux États-Unis en snobant le God Save the Queen. La semaine dernière dans une interview à la BBC, il clamait recevoir encore des menaces de mort pour son comportement. Un affront qu’il assume avec fierté.

Le monde entier n’avait jamais autant parlé de lui. James McClean, honnête joueur de West Brom et international irlandais, a provoqué l’émoi lors d’un match anodin de préparation contre Charleston Battery (deuxième division américaine) il y a 2 ans. Alors que le God Save the Queen était entonné, McClean a délibérément tourné le dos au drapeau anglais et incliné la tête. Il était encore moins question pour ce rebelle,  né à Londonderry en Irlande du Nord, de reprendre les paroles du plus vieil hymne national du monde. L’affront à la reine d’Angleterre fait scandale. Au point que cette simple rencontre amicale de pré-saison prend des tournures politiques, soulevant des rancœurs qui n’ont pas besoin d’être ravivées.

 

Rien de surprenant au vu du parcours du jeune homme de 26 ans et de ses idées politiques. James McClean a ainsi troqué le maillot U21 de l’Irlande du Nord (membre du Royaume-Uni), pour celui de la République d’Irlande en seniors. Ce catholique, pourtant fan absolu de George Best, est un indépendantiste convaincu. Il voit en l’hymne britannique tout le sang versé le 30 janvier 1972 dans sa ville natale, le fameux “Bloody Sunday” qui inspirera un titre phare du groupe U2. Ce jour-là, le premier bataillon du régiment de parachutistes de la Royal Air Force de Sa Majesté, dirigé par le Colonel Derek Wilford, a ouvert le feu sur un groupe de manifestants catholiques irlandais du Nord contre l’Internment. Soit la mesure initiée par le gouvernement de Belfast, permettant à la police d’incarcérer une personne quasi indéfiniment avec la seule approbation du ministre de l’Intérieur de l’Irlande du Nord et sans procès. Une des nombreuses lois que le gouvernement britannique avait soutenues pour renforcer le pouvoir des unionistes, les protestants d’Irlande du Nord fidèles à la Reine.

Le profil du “parfait Celtic boy”  insulté par un ex-joueur… des Rangers 

Le choix de la sélection ne s'est pas posé pour James McClean. (DR)

Le choix de la sélection ne s’est pas posé pour James McClean. (DR)

Voilà pourquoi McClean n’avait également pas porté de poppy, ce coquelicot érigé en symbole des victimes des conflits mondiaux et porté par les joueurs des championnats anglais lors du centenaire de la Première Guerre mondiale. Peu importe les menaces de mort dont il fait l’objet. Inutile de préciser que ses positions sont loin de faire l’unanimité. Nombreux sont les supporters anglais à l’inviter “à retourner dans son pays”. Si par le passé James McClean était déjà controversé, il a franchi la ligne rouge en “manquant de respect” à son pays d’accueil pour beaucoup. Même Tony Pulis, son entraîneur anglais, l’a sermonné. D’autres, au contraire, “saluent sa bravoure” comme l’éditorialiste du Mirror Brian Read, dont le plaidoyer a été partagé 12 000 fois sur Facebook.

Certainement pas Kirk Broadfoot qui, en bon ex-joueur des Rangers de Glasgow – ville à la diaspora irlandaise importante – est protestant et unioniste. Le défenseur écossais lui a proféré des insultes anti-catholiques du temps où McClean jouait à Wigan. Broadfoot vient d’écoper de la plus lourde suspension jamais infligée pour insultes en s’en prenant à la religion d’un adversaire, 10 matchs. Sans compter les 10 500 euros d’amende, cela fait cher l’insulte. Même lorsque celle-ci est adressée à celui qui a tout du profil d’un “parfait joueur du Celtic”. Ce déferlement de haine n’empêche pas l’Irlandais d’en remettre une couche quelques jours plus tard. Cette fois c’est sur le nom de sa ville de naissance, “qui reprend son nom de droit : Derry”, s’exclame McClean sur Twitter. Là aussi, la reconnaissance officielle de la dénomination sans le préfixe “London” utilisée par les indépendantistes a suscité bien des débats.

“Dans la vie, si vous êtes un homme, vous devez vous battre pour ce en quoi vous croyez”. James McClean reste fidèle à sa philosophie. Peu importe qu’il soit perçu comme un ingrat par les uns ou un symbole d’insoumission pour les autres. Il ne reconnaîtra jamais la reine d’Angleterre.

Adrien VERRECCHIA Twitter @MrVerrecchia
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One Response to James McClean, l’Irlandais qui défie la Reine d’Angleterre

  1. dDhman dit :

    Un vrai rebelle comme il en existe plus, fidèle à ses principes et à une cause noble. à l’époque du politiquement correct ou tout est aseptisé et uniformisé, bravo à ce joueur courageux et patriote.

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