Le foot espagnol rongé par la crise

par • 24/08/2013 • A la une, Liga BBVACommentaires fermés sur Le foot espagnol rongé par la crise3484

téléchargement (4)Le week-end dernier, la Liga a repris ses droits dans un contexte économique catastrophique. Si le Real Madrid et FC Barcelone n’inquiètent pas (trop), comment les 18 autres équipes subissent cette crise dans le championnat le plus endetté d’Europe ?

L’Espagne est plongée dans une situation économique difficile qui touche l’ensemble du pays Le football est également une victime collatérale d’une crise qui dure maintenant depuis 5 ans. Tous les clubs n’ont pas les revenus faramineux des deux géants de la Liga que sont le FC Barcelone et le Real Madrid. La péninsule ibérique a vu son taux de TVA passer de 18 à 21%. Cette décision politique a un impact direct sur les supporters entraînant une hausse du prix de l’abonnement annuel pour les deux ogres du championnat. Pourtant, selon le journal El Periodico, Barcelone a enregistré 75 000 abonnés alors que Madrid pourra compter sur 70000 aficionados au stade Bernabéu. La situation est claire, les deux favoris du championnat sont les seuls à pouvoir appliquer cette hausse de TVA. Les 18 autres clubs espagnols ont décidé de geler ou de baisser le prix des abonnements. Cette décision n’est pas anodine, les formations de Liga se retrouvent à jouer dans des stades avec une faible affluence. Des mesures sont donc prises, non pas pour s’ouvrir à un nouveau public, mais seulement pour fidéliser les supporters. Malgré tout, les prix sont exorbitants et l’ambiance plus que moyenne. Il faut compter 215 euros en virage pour un abonnement à Elche, un promu qui fait office de favori à la relégation. Une mesure inédite en Espagne a néanmoins été prise au Bétis Séville. En Andalousie,  où le taux de chômage est l’un des plus élevés du pays, il a été décidé de créer une tribune réservée aux chômeurs. La tribune Héliopolis accueillera donc des fans sans activité professionnelle, avec justificatif bien entendu. « Le conseil d’administration a décidé de créer cette tribune Héliopolis pour les chômeurs à faibles revenus, de sorte qu’aucun supporter du Betis ne manque la saison” a annoncé le président Miguel Guillen. Un acte tout à fait honorable dans une conjoncture économique instable.

Un championnat inégal

Barcelone et Madrid, les deux seules rescapés de cette crise

Barcelone et Madrid, les deux seuls rescapés de cette crise

D’aucuns se posent une question légitime, ce championnat est-il encore intéressant ? Voilà maintenant 9 ans que le Real et le Barça se partagent le championnat. Bien sûr, on voit du beau football mais à la longue, c’est lassant. De plus, le championnat ibérique est le plus endetté d’Europe, 3.5 milliards  d’euros ! Rien que ça. La situation est telle que les joueurs ont parfois du mal à percevoir leurs salaires en temps et en heure. Les clubs ont peu d’argent et ne recrutent quasiment plus depuis plusieurs années. Cependant, Le Real Madrid a plus de 500 M€ de dettes alors que l’arrivée de Bale se précise pour 100M€ avec un salaire de 10M€ par an. Le joueur n’a pas (encore) signé  mais ces chiffres indécents risquent de se confirmer. Les deux plus grands clubs d’Espagne sont intouchables tant au niveau sportif que financier. Il faut dire que la Ligue ne plaide pas pour une répartition équitable des revenus puisque les droits TV sont vendus individuellement. Comme on peut se l’imaginer, le Barca et Madrid se partagent l’essentiel du pactole et les 18 autres clubs récupèrent les miettes.

Le FC Valence, la première victime dans l’élite

Le "Nou Mestalla" en attente depuis maintenat quatre ans

Le “Nou Mestalla” en attente depuis maintenant quatre ans

Le FC Valence cristallise les maux de cette crise économique. Le club est endetté a hauteur de 550 millions d’euros.  Les joueurs sont  donc vendus afin de renflouer les caisses. Les ventes de David Villa, Juan Mata ou plus récemment Soldado  permettent de combler un déficit colossal. Cependant, le football est une institution en Espagne et quand ce mythique club est au bord de la faillite, la région de Valence  devient  dès lors actionnaire majoritaire du club à 70%. Cette même région qui est sous le coup d’un déficit de 20 milliards d’euros.  En 2006, bien avant le début de la crise, la direction du FC Valence décide de lancer la construction d’un nouveau stade. Mais le club a la folie des grandeurs, le Nou Mestalla est un projet ambitieux  de 75000 places pouvant accueillir la finale de la Ligue des champions mais surtout de permettre d’assurer l’avenir financièrement via des recettes importantes. L’histoire en a voulu autrement, la construction de l’enceinte est à l’arrêt depuis quatre ans faute d’argent. Le FC Valence se retrouve donc avec deux stades dont l’un est maintenu grâce aux deniers publics. Politique et football ne font pas bon ménage. Alors que l’éducation et la santé subissent des coupes drastiques de leur budget, la région de Valence dépense des millions dans un “simple” club de football. Allez expliquer cette situation aux 26% de chômeurs en Espagne. Les matchs se jouent dans un stade loin de faire le plein. En effet, en quatre ans Valence a perdu 11000 socios. Il faut dire que la Ligue n’aide pas vraiment à remplir les stades. Lors de la 1ere journée de championnat contre Malaga, le match au Mestalla se déroulait à 23 heures. Les supporters sortent environ à 1 heure du matin et peuvent directement aller en boite de nuit après. Pour ne rien arranger, la non-qualification pour la Ligue des champions est une catastrophe tant sur le plan sportif que financier. Helas, cette situation touche d’autres équipes telles que Elche  ou encore Alicante.

Un futur compliqué

Les clubs peuvent-ils se sortirent de cette situation ? Le champ d’action est vraiment réduit. Un rachat du club par un milliardaire étranger ou négocier un contrat juteux avec un sponsor semblent les deux solutions envisageables à court terme.  Barcelone a bien trouvé un nouveau sponsor, Qatar Airways pour la bagatelle de 170 millions d’euros sur trois ans. Mais on n’imagine pas  une équipe plus modeste décrocher un tel contrat. La première expérience d’un rachat par un émirat est un échec. En effet, Malaga est passé en 2010 sous pavillon qatari. Après des investissements fructueux qui permettent au club d’accrocher une 4ieme place, les investisseurs décident de  ne plus dépenser un iota dans le club. Les principaux joueurs quittent le navire, le déficit s’accroît, les salaires ont du mal à être versés. L’UEFA décide de suspendre Malaga de la ligue Europa 2013-2014. N’est pas le PSG ou Manchester City qui veut, après tout. D’ailleurs lors de la saison 2011-2012, le syndicat des joueurs a annoncé une grève afin de récupérer les salaires impayés.

 Le manque de régulation économique est l’un des facteurs de cette crise du football espagnol. Si aucune mesure n’est prise dans un futur proche, les clubs professionnels pourraient faire faillite ou avoir affaire à l’UEFA.  Michel Platini ou le banquier, lequel est le pire ?

 

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