Lorient : Mickaël Landreau, l’émergence d’un nouveau style de coachs français ?

par • 03/12/2017 • A la une, Ligue 2Commentaire (0)1680

Le football français ne cesse d’être secoué. Les débats se multiplient sur la compétence des techniciens et la qualité de la vitrine qu’incarne la Ligue 1. Certains critiquent fermement le corporatisme français et le manque d’ouverture aux idées extérieures des entraîneurs, enfermés dans un pragmatisme de bas-étage. D’autres, défendent bec et ongles l’arrivée d’un vent frais apporté par des entraîneurs étrangers, qualifiés de « plus ambitieux dans leurs idées de jeu », mais qui, hormis les cas particuliers du PSG et de Monaco, sont déjà repartis, ou luttent dans les dernières places du championnat. Néanmoins, il faut parfois prendre plus de recul, regarder plus bas, pour se rendre compte que le bilan actuel s’empreint d’un ensemble de nuances de gris plus que de blanc ou de noir. L’ascension éclair de Mickaël Landreau, déjà à la tête du FC Lorient en Ligue 2, incarne parfaitement cette mutation du football hexagonal, débutée depuis des années. Dans un championnat réputé impitoyable, ultra-homogène, ou seuls les deux premiers peuvent rêver à de meilleurs lendemains, Landreau, entraîneur du sérail français, tente d’accumuler les victoires sans renier une certaine idée du football, pour créer une émotion partagée. Décryptage !

Le parcours de Mickaël Landreau

 

On ne présente plus la carrière de joueur de Mickaël Landreau. Ancien international français, il brille dès son plus jeune âge au FC Nantes (vainqueur du championnat en 2001), et écume quelques-uns des plus grands clubs français comme le Paris Saint-Germain ou le Lille OSC. (doublé championnat-coupe de France avec ce club en 2011). Il est le nouveau détenteur du plus grand nombre de matchs réalisés en Ligue 1 (618 matchs).

Mickaël Landreau, c’est aussi un joueur à qui l’on promettait très tôt une carrière d’entraîneur. Pour autant, il n’a pas sauté les étapes, et il a pris le temps d’obtenir l’ensemble des diplômes proposés par la FFF de l’animateur sénior jusqu’au brevet d’entraîneur professionnel de football. Il a aussi fréquenté la faculté des sciences du sport et de l’éducation physique de l’Université de Lille pour un master de STAPS.  Ce parcours très théorique se double d’un apprentissage de terrain quotidien. Sa première véritable expérience auprès d’un club professionnel s’effectue au sein du Paris FC, qu’il rejoint alors en tant qu’adjoint.

Malgré un parcours qui semble linéaire Mickaël Landreau rappelle dans Le Parisien à quel point il faut lutter pour arriver à ce niveau, même pour un ex-professionnel : « De l’extérieur, on peut croire que ce qui m’arrive est normal, alors qu’on dira d’un autre que c’est exceptionnel. Je dois tout le temps lutter. (…) On ne réalise pas la dureté de ce métier. ».  Désormais à la tête du FC Lorient, il profite d’une position où désormais il peut décider, il peut imposer sa vision des choses, sa vision du football !

A-t-il réussi à transmettre ses idées au groupe ? Comment cette équipe s’anime-t-elle sur le terrain ? Quelle est sa marge de progression ? C’est tous ces points que nous allons aborder en images.

 

Composition et animation 

Une phase offensive travaillée pour sublimer la qualité de l’effectif 

Alors que nous présentions il y a quelques semaines le projet football d’un futur grand technicien espagnol adepte quasi exclusivement du 4-4-2, nous sommes avec Landreau dans un cas différent. Ses équipes sont disposées dans des schémas variés allant du 4-3-3, au 4-2-3-1 en passant par la défense à trois. Comme beaucoup d’entraîneurs français ou étrangers l’affirment, l’importance donné au système de jeu est plus secondaire que l’animation qui doit perdurer et s’exprimer quelque soit le placement initial. C’est là toute la difficulté que chaque technicien de haut niveau doit dépasser. Garder une cohérence dans ses idées, un maximum de clarté pour que le message s’imprègne dans l’esprit des joueurs facilement, tout en variant les systèmes pour s’adapter à l’adversaire ou aux contraintes de l’effectif. Équilibre difficile.

À la vue des matchs du FC Lorient, du jeu proposé, et d’une équipe qui se positionne dans les hauteurs de la Ligue 2, Mickaël Landreau semble être sur la bonne voie. Premièrement, les sorties de balle, paraissent particulièrement travaillées.

La configuration de Lorient en phase de relance, avec trois joueurs qui viennent proposer une solution courte au gardien Petkovic. Le latéral est en bas de l’écran bien plus haut et pas vraiment concerné par cette première phase. Brest, se prépare à aller les chercher en 3 vs 3. Guendouzi, à droite de l’image, est en éveil.

Les trois joueurs initiaux sont bien cadrés par les Brestois. Le FC Lorient s’adapte, Wadja retourne vers le rond central en emmenant son joueur et libère de l’espace plein axe pour Guendouzi qui se précipite.

Guendouzi a pu remonter le terrain balle au pied grâce à ce circuit de démarquage et ainsi faire reculer le bloc brestois. Désormais, l’attaque placée peut débuter, et  Guendouzi n’hésitera pas à chercher son milieu offensif par une très belle passe verticale entre les lignes.

Les sorties de balle après récupération dans leur camp sont également très propres. Les joueurs lorientais ont la qualité technique pour ne pas se précipiter. Mickaël Landreau le sait parfaitement et leur demande ainsi de prioriser le jeu au sol, en peu de touches de balle avec des déplacements combinés.

Les joueurs lorientais ont récupéré le ballon dans leur camp mais subissent instantanément la pression des joueurs brestois (flèches rouges).

Malgré cette pression, Moreira et Cabot jouent le une-deux au sol en une touche de balle et sortent de la première ligne de pression. Néanmoins, les brestois n’ont pas dit leur dernier mot et deux font encore obstacles à la sortie du ballon. La solution passe-t-elle par le dribble de Moreira ?

Malgré une image à la qualité délicate, on perçoit que Moreira n’a évidemment pas opté pour le dribble sous la pression de quatre adversaires. C’est une nouvelle passe dans l’interligne, associée à un déplacement intelligent de Hamel, l’attaquant, qui lui permet d’enclencher véritablement l’attaque.

Lorient est une équipe qui aime avoir le ballon. Avec une moyenne de 58% de possession de balle depuis le début de saison, près de 478 passes par match, et 83% de taux de réussite, ce sont des chiffres qui en disent long sur la philosophie de l’entraîneur qui affectionne tout particulièrement les redoublements de passe pour déstabiliser l’adversaire. Mickaël Landreau veut imposer sa domination avec le ballon ! À titre de comparaison, le premier du championnat, le Stade de Reims,  dispose du ballon à peine 47% du temps,  réalise presque 150 passes de moins par match (347) et avec un taux de réussite qui monte à 72% (source stats : beinsport.com). Tout en gardant toujours du recul sur les chiffres, ces exemples sont assez évocateurs de la singularité du plan de jeu de Mickaël Landreau, dans un championnat où les équipes partagent plus le plan de jeu reimois que lorientais.

Même si les deux plans de jeu sont respectables et permettent d’obtenir des résultats, ne nions pas une différence nette d’ambition dans la mesure où un redoublement de passe et une préparation par des circuits courts et rapides au sol est toujours plus exigeante techniquement que tout le reste ! Puisque, comme vous le savez, dominer n’est pas gagner, qu’en est-il de l’utilisation du cuir dans le camp adverse ?

Le FC Lorient aime particulièrement les attaques placées et plusieurs configurations se dessinent.

1ère configuration : les passes verticales pour un joueur situé entre les lignes. Ici Marveaux (avec le ballon et entouré) est redescendu et Wadja, habituel récupérateur est monté d’un cran. Au milieu de 4 adversaires, il prend le risque d’effectuer cette passe.

La passe réussie élimine de fait une ligne adverse. La prise de risque au départ de Marveaux est d’autant plus valorisée par le contrôle orienté réussi de Wadja qui se retrouve face au jeu. Le latéral lorientais à droite est très haut et prêt à être servi.

L’action très bien construite dès le départ, se conclut par un centre premier intention, une nouvelle fois risqué, mais qui apporte un danger immédiat dans la surface de Nancy.

Ne vous y trompez pas, la clé de cette séquence se situe dans la prise de risque appuyée par des fondamentaux techniques solides partagés par les joueurs de Lorient. Cette première passe associée au contrôle orienté de grande qualité d’un joueur à la base milieu défensif fait toute la différence.  Notons au passage, que si Marveaux est un joueur  à la technique reconnue chez les spécialistes de Ligue 1 et Ligue 2, Franklin Wadja est une véritable bonne pioche signée Mickaël Landreau. L’ancien gardien est allé chercher ce joueur en CFA à Fontenay-le-Comte pour l’intégrer au groupe pro.

Nouvelle configuration d’attaque lorientaise avec une recherche claire du « 3ème homme » chère à  Guardiola. Lemoine pourrait donner à Wadja mais il va chercher Bouanga entre les lignes, situé hors champ.

Malgré l’image de moyenne qualité, on observe que Bouanga, rentré intérieur, a bien reçu le ballon et qu’il remet instantanément sur Wadja qui se retrouve face au jeu, libre de tout marquage.

Grâce à cette séquence réussie où Wadja se retrouve dans la position idéale du 3eme homme, 5 joueurs de Nancy ont été fixés. Franklin Wadja a désormais la latitude d’ouvrir à gauche sur Le Goff hors champ qui dispose d’espace devant lui.

Mais c’est sur les côtés où les attaques lorientaises se déploient le plus souvent et avec le plus d’efficacité.

Le défenseur central lorientais joue verticalement sur Waris qui s’est déporté côté gauche. Un premier circuit triangulaire apparaît autour de lui grâce au déplacement de ses coéquipiers.

Le Goff a pris de la vitesse côté gauche, et profite de l’espace dans le dos de la défense adverse, aspirée par le décrochage de Waris. Guendouzi l’a bien vu et se prépare à le servir.

Guendouzi face au jeu se charge du reste : le timing est parfait, la passe est ajustée, entre deux adversaires et dans la course du latéral. Le Goff achèvera ce décalage par un centre.

Ces circuits de triangulation sur les côtés sont extrêmement fréquents dans le jeu développé par Landreau. Ces derniers sont rendus possibles par le volume de jeu et les projections incessantes des latéraux. Ces derniers intègrent les actions dès que possible, soit l’un après l’autre, voire les deux en même temps, tant que les couvertures sont effectuées derrière. La volonté est très claire de mettre sur orbite un joueur lancé (en général le latéral) qui pourra amorcer la finition de l’action.

Ces couloirs à droite et à gauche peuvent être dévalés par les latéraux, tels des skieurs sur une piste de descente, grâce aux déplacements intelligents des milieux offensifs. À l’image de Cabot ou de Bouanga, ils possèdent une grande liberté pour dé-zoner, permuter et occuper les interlignes derrière les milieux adverses.

4 milieux sont présents dans l’axe pour proposer une solution à Lemoine. Parmi eux, Bouanga et Cabot qui ont quitté leurs ailes, laissant de grands espaces pour les latéraux. Franklin Wadja, chaussures rouge, milieu récupérateur, n’hésite pas lui aussi à s’intercaler alors qu’il aurait pu « sécuriser » en restant près de Lemoine. Cette photo illustre à merveille l’implication offensive collective et le travail de Landreau. Le FC Lorient est aussi bien aidé par des Orléanais totalement désorganisés…

Par ailleurs, ce placement des milieux de terrain très haut sur le terrain n’est possible que parce que les défenseurs centraux autour de Lemoine participent à la construction de l’offensive. En effet, il n’est pas rare de les voir remonter balle au pied pour fixer l’adversaire. Ils ont aussi pour consigne de multiplier les passes verticales dans le cœur du jeu, car elles amènent du danger et permettent au bloc d’occuper le camp adverse.

Ce registre est crucial et permet souvent de faire la différence entre une équipe au jeu très réducteur et une autre qui va chercher à imposer sa domination, par un maniement intelligent du cuir. Effectivement, une grande partie des techniciens n’exigent de leurs défenseurs centraux pas plus d’une passe au défenseur latéral, ou au milieu récupérateur redescendu à leur hauteur. Or, quel que soit le niveau de compétition auquel on joue, vous remarquerez que c’est l’importance donnée aux déplacements et à la première passe du défenseur central, et donc à son implication dans la phase offensive qui fait toute la différence entre les équipes moyennes et les équipes passionnantes à voir jouer !

Felipe Saad, défenseur central lorientais est en possession du ballon. Ce joueur qui a joué en Ligue 1 n’est pas réputé pour sa tendresse ou son toucher de balle soyeux. Et pourtant…

Saad prend le risque de porter le ballon jusque dans le camp adverse et sous pression d’un adversaire. Ce déplacement permet de focaliser l’attention de 5 adversaires autour de lui. Il garde une superbe lucidité et donne à Courtet en point d’appui qui trouvera un troisième homme face au jeu. Le décalage est fait grâce au défenseur central.

La phase offensive est à la fois belle à voir et efficace parce qu’elle est collective et que tout le monde sans exception est susceptible d’y participer. Ces images montrent que les attaquants sont aussi très présents par leurs fréquents décrochages et changements de zone.

Une nouvelle fois, il ne faudrait pas entrer dans la caricature en pensant que Landreau ne souhaite que du jeu court, du redoublement de passe à l’extrême etc. Ce qui fait la force de ce type d’action, c’est  la possibilité de lui proposer des variantes en jeu long. Les transferts de jeu sont décisifs pour faire courir l’adversaire, le fatiguer, mais aussi créer des ouvertures dans l’interligne, des supériorités numériques, surtout si le repli est moyen.

Une séquence offensive classique : je fixe d’un côté pour ouvrir à l’opposé. Ici 4 joueurs lorientais fixent leurs adversaires par un redoublement de passes courtes. Les distances entre les joueurs sont remarquables de précision et conditionnent la réussite de cette phase.

Désormais Le Goff peut servir par une transversale à l’opposé Jimmy Cabot démarqué.

Jimmy Cabot a eu l’intelligence et la qualité technique pour remettre dans l’axe en une touche sur un joueur lancé. Celui-ci représente une vraie menace pour Orléans, puisque il est seul aux abords des 20 mètres adverses.

Mickaël Landreau propose donc une phase offensive d’une grande variété notamment sur attaques placées (les attaques rapides n’ont pas la même réussite comme nous le verrons). Il s’appuie pour cela sur des joueurs très vifs, mobiles à la qualité technique certaine. Denis Bouanga, Jimmy Cabot ou encore Gaël Danic représentent les prototypes parfaits dans ce registre. Concernant la phase de finition, Le FC Lorient ne se démarque pas énormément de ses adversaires avec une prédominance donnée aux centres, et aux frappes depuis n’importe quelle position. C’est la qualité et la lucidité dans la réalisation de ces gestes qui fait la différence et valorise ou non les bons circuits de construction lorientais. Le travail est-il aussi poussé défensivement ?

La défense lorientaise : un mariage parfait entre puissance physique et déplacement collectif

« Je regarde d’ailleurs des vidéos pour attaquer, pas pour défendre. Vous savez en quoi consiste mon travail défensif ? « Nous courons tous !». Au-delà de cette phrase prononcée par Marcelo Bielsa, sans négliger l’importance cruciale de la défense, elle reste moins exigeante et difficile à mettre en place que la phase d’attaque.  Guardiola résume d’ailleurs cette idée simplement en affirmant : « une équipe qui attaque bien, défend bien ! ». Sans mépriser les maîtres de l’animation défensive, mais en appuyant fermement le postulat  qu’il est toujours plus simple de détruire que de construire, une équipe marquera toujours les esprits parce que sa phase offensive est plus variée et travaillée que la moyenne.

Vous l’avez compris, les équipes qui arrivent sur le terrain uniquement «  pour défendre le point du nul qui leur a été donné au coup d’envoi »  nous intéressent peu. Ce n’est heureusement pas le cas pour Mickaël Landreau qui affirme une ambition aussi bien défensive qu’offensive.

Une phase défensive efficace passe d’abord par une occupation rationnelle et intelligente de l’espace.

Un exemple d’occupation de l’espace. L’équipe est en 4-4-2 médian, les joueurs assez proches les uns des autres. L’espace est très succinct entre la ligne du milieu et la dernière ligne défensive.

Mickaël Landreau demande un pressing par séquence à ses joueurs. Le starter est très souvent identique : perte de balle d’un coéquipier en phase offensive dans les 30-40 mètres adverses, succession de passes latérales par l’adversaire, joueur adverse qui multiplie les touches de balles…

L’occupation haute du terrain par le FC Lorient alors que le défenseur latéral brestois est en possession. L’objectif : couper les solutions courtes et forcer le jeu long qui permettra de reprendre le cuir suite au duel de la tête ou au deuxième ballon.

La tenaille se met en place côté lorientais alors que Brest veut jouer au sol sur son milieu dos au jeu. Les solutions à proximité sont cadrées. Il va falloir une grande qualité technique pour se sortir de la pression des Merlus.

Le défenseur brestois est obligé de jouer vers l’arrière et facilite alors la récupération de Lorient. C’est un 5 vs 4 qui se joue dans un espace réduit. Celui-ci tournera en faveur des joueurs de Mickaël Landreau. Notez cette distance réduite entre les joueurs lorientais, quitte à dé-zoner, tout cela pour favoriser la compacité du bloc et l’efficacité défensive.

Ces séquences de pressing haut sont régulières et intenses. Elles sont rendues plus faciles par la qualité de jaillissement des défenseurs centraux et des milieux défensifs. Ces derniers lisent remarquablement le jeu adverse et utilisent leur vélocité pour surgir dans les pieds adverses, surtout si la première ligne est éliminée. Néanmoins, la récupération ne s’opère pas toujours si haute, et c’est au niveau du rond central que l’essentiel se joue.

Phase de repli lorientaise alors que Brest initie une attaque rapide. La consigne est simple : il y a un toujours un milieu axial (ici Guendouzi) qui doit aller fermer côté pour créer une supériorité numérique, un 2 contre 1 sur l’image ci-dessus. Pendant ce temps, Wadja réalise un sprint pour occuper l’axe quelque peu désertique.

Ainsi, même si Lorient préfère défendre en avançant, la phase de repli est plutôt bien maîtrisée notamment grâce à l’implication collective de l’équipe. Par ailleurs, Landreau s’appuie sur une défense centrale extrêmement solide et consistante dans le 1 contre 1. Touré et Conte, sans être maladroits balle au pied, sont effrayants de puissance. Ils récupèrent aussi un nombre incalculable de ballons aériens. N’oublions pas pour finir le rôle important de Petkovic dans la réussite défensive de son équipe. Le Monténégrin est très fort sur sa ligne, et il apporte beaucoup de sérénité à ses coéquipiers sur ses prises de balles. Son jeu  au pied est aussi très correct et fondamental pour la réussite du projet de jeu défendu par Landreau. Quant à ses sorties, elles sont souvent à propos en cas de 1 contre 1 face à l’attaquant. Un peu moins quand il s’agit de sortir sur coup de pied arrêté défensif.

Pour conclure, même s’il apparaît clairement que la phase défensive n’est pas du même niveau que celle du Stade de Reims, elle reste de très bonne facture. Tout en ayant une marge de progression, Lorient peut espérer un printemps heureux si les joueurs maintiennent un niveau d’intensité physique régulier.

Quelle marge de progression pour l’équipe de Mickaël Landreau ?

Les Merlus sont dirigés par un coach encore jeune, et de nombreuses séquences de jeu semblent perfectibles. Parmi elles, les attaques rapides. Celles-ci sont relativement irrégulières. Les joueurs lorientais ont tendance à porter le ballon un peu trop longtemps dans ces moments-là, ce qui rend plus difficile la synchronisation entre le porteur et le futur receveur. D’autre part, en dehors des courses intelligentes de l’attaquant central qui aime s’intercaler et prendre la profondeur entre le défenseur central adverse et le latéral, il y a assez peu de variété dans les déplacements. À la décharge du technicien breton, pas facile de progresser dans ce secteur quand l’essentiel des équipes de Ligue 2 commencent le match avec l’idée de leur laisser le ballon pour essayer prosaïquement de les contrer.

En outre, les coups de pied arrêtés, qu’ils soient défensifs ou offensifs semblent pouvoir être mieux travaillés. Malgré la qualité de pied d’un Bouanga, d’un Danic, d’un Cabot, il y a encore beaucoup de déchet quand il s’agit de porter le danger par une balle aérienne dans la surface adverse. Les combinaisons n’apparaissent pas clairement. De plus, lorsque le FC Lorient subit un coup de pied arrêté, il n’est pas rare que l’équipe prenne des buts évitables. Par exemple,  la volonté de ne pas se débarrasser du ballon en toutes circonstances, même dans sa propre surface, créé des incompréhensions et facilite les erreurs. Contre Orléans, et contre Brest, les joueurs encaissent un but dans ce registre suite à une mauvaise appréciation puis une mésentente dans la surface de réparation.

Enfin, mentionnons l’échec relatif de la mise en place d’une défense à 3 lorsque Landreau l’a imposé. Contre Auxerre, le 19 septembre dernier, l’équipe ne parvient pas à s’exprimer offensivement, tout en évoluant extrêmement bas en phase défensive alors qu’il débute avec Touré, Rose et Saad en charnière centrale.

Conclusion

L’analyse du FC Lorient de Mickaël Landreau cristallise de nombreux points de débats sur le football français. L’exemple que constitue son travail, l’exigence de son football et sa phase offensive particulièrement bien travaillée, bat en brèche l’idée que les techniciens français seraient forcément frileux et fermés à la notion de spectacle. Jeune technicien fraîchement diplômé, nous pouvons considérer qu’il s’est confronté à la nouvelle pédagogie portée par la fédération à travers tous ses modules de formation : une pédagogie relativement inspirée du modèle espagnol et allemand. Pour Landreau, la notion de groupe et de collectif  est au-dessus de tout. Sans remettre en question « l’idéologie de l’équilibre », il montre semaine après semaine que l’on doit associer en permanence phase offensive et phase défensive, et qu’un travail très poussé des différentes formes d’attaques ne signifie pas pour autant un laxisme défensif. Néanmoins, Mickaël Landreau n’incarne pas un  courant majoritaire dans le football français, tout particulièrement au hau niveau où la dimension compétitive est la plus intense. Match après match, il doit faire face à des techniciens toujours formatés par l’école de pensée “Georges Boulogne”, où le physique passe avant tout, où la prise de risque n’est jamais valorisée, où l’on s’enorgueillit d’une victoire minimaliste, en bref, une pensée exprimée à travers l’adage suivant : « si vous voulez du spectacle, allez au cirque ! ». Ainsi, la réussite de son projet avec Lorient et l’évolution de sa carrière, conditionnera peut-être l’avenir d’une partie du football français.

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Dimitri THOMAS Twitter @D3ITHOMAS
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